FILM-LIVRES-ÈCONOMIE - Pasolini, Montaldi et Graeber

Pasolini, Montaldi et Graeber. Notes éparses.
(Appunti per un film sull'India)

Pierpaolo Pasolini
Hier soir j'ai vu "Notes pour un film sur l'Inde" et "Repérages en Palestine pour L'Évangile selon saint Matthieu". Ce sont des images simples accompagnées de la réflexion pressante de Pier Paolo Pasolini. Il se pose des questions sur ces gens et sur leur manière de vivre par rapport à la société. En Inde et en Palestine il y a des personnes intégrées dans un système de vie moderne et d'autres vivant en marge de la société, dans des lieux abandonnés et dans des conditions de misère extrême. En ce gens Pasolini voit une sorte d'innocence archaïque et pré-chretienne. Ce sont les intouchables en Inde ou bien des arabes marginalisés et très pauvres en Palestine.
Comme nous le savons, Pasolini avait cru trouver en ces sous-prolétaires exclus de tout groupe social une ressource pour un futur renouvellement moral et politique. C'était avant tout une intuition esthétique. La beauté de ceux qui n'ont rien à perdre. La douceur de ceux qui sont au-delà de toute possibilité de calcul. Comme Pasolini l'admit lui-même, sa théorie s'est révélé fausse. Ces gens ont été rejoints, conquis et manipulés par les médias qui en ont fait des consommateurs potentiels.


Appunti per un film sull' India (Apuntes para una película sobre India, Pier Paolo Pasolini - 1968) from Tlatoani Ortíz on Vimeo.

Danilo Montaldi, "Autobiografie della leggera"
Ces jours-ci je lis "Autobiografie della leggera" d'un auteur italien plutôt méconnu qui s'appelle Danilo Montaldi. Dans le jargon des voleurs de poules et des ex-détenus la "leggera" est le monde en marge de la légalité qui n'est pourtant pas vraiment criminel ni violent. Le texte, sortie en 1961, est un recueil de récits autobiographiques de personnes d'extraction extrêmement humble ayant vécu en marge de la société et de la légalité. Ce sont, encore une fois, les sous-prolétaires. Leurs récits sont impressionnants parce que ces personnes on eu des vies incroyablement dures, marquées par la misère et par toute sorte de privation. Ces sont des vagabonds sémianalphabètes, des petits voleurs, des prostitués. Pourtant, en lisant leurs récits, on peut comprendre pourquoi Pasolini avait cru en ces gens. Malgré l'ignorance, l'abjection et les atrocités subies, ces gens n'ont pas fait de compromis et n'ont aucune hypocrisie. D'ailleurs tous ces personnages ont été des antifascistes convaincus. L'un d'entre s'est fait carrément condamner à l'exil exactement comme Antonio Gramsci. Encore une fois, à différence des bourgeois, les marginaux n'ont rien à perdre.



David Graeber
Récemment j'ai parlé avec une amie du travail de la David Graeber et de sa notion de dette. Selon Graeber l'idée de dette (et donc l'idée de crédit) serait née avant la monnaie et aurait un fondement moral. L'origine de l'économie serait donc strictement liée à l'éthique. Cela me fait penser à  Nietzsche mais je n'en dis pas plus puisque je n'ai pas encore lu le livre de Graeber. Je le ferai au plus tôt. Mon amie m'a expliqué que Graeber parle de la Mésopotamie du 3200 AC. En Mésopotamie ceux qui n'honoraient pas leurs dettes devenaient des esclaves. Après avoir tout perdu ils se donnaient eux-même en gage. Bien entendu ils donnaient d'abord leurs épouses et leur filles. Ceux qui ne pouvaient pas supporter l'idée de devenir des esclaves, pouvaient choisissaient de devenir des nomades. Il parait que beaucoup de gens choisissaient cette alternative à l'esclavage. Au point que les souverains, craignant qu'une horde d'endettés devenus nomades serait venues abattre l'Etat, instituaient périodiquement de jubilés qui effaçaient toute dette. Enfin le "lavage des tablettes" protégeait le pouvoir du danger de rupture sociale.



Voici trois types de considérations sur les exclus. Pasolini, Montaldi, Graeber. La morale, la dette, l'exclusion. Autrefois on effaçait la dette pour éviter que les endettés exclus de l'éthique économique fassent la révolution. Et maintenant on fait quoi?

source image : http://www.whitefox.net/pasolini/fototestiindia.html

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